Une Bretagne aux 1000 visages

Lorsque l’on choisit l’hôtel ou le camping pour ses vacances, il est difficile de rencontrer des locaux, à part à travers des discussions à bâtons rompus avec l’agent de l’office du tourisme, le boulanger ou notre voisin de plage qui nous a malencontreusement envoyé du sable en secouant sa serviette et qui a de fortes chances d’être un « simple » touriste, comme nous.

 

Hisilicon K3

Pour pallier cela ainsi que pour des raisons économiques, nous avons décidé, avec mon ami, d’avoir recours à Air bnb pour notre séjour de deux semaines en Bretagne. Hébergés par huit personnes pendant notre périple, nous en gardons des histoires de vie, des regards bienveillants et / ou critiques sur la Bretagne, des solitudes, des besoins de se confier à des inconnus et de partager. Voici quatre mini portraits illustrant la diversité de la région Bretagne et de la richesse d’une rencontre.

 

Nadine, l’expatriée qui revient au pays

Après plusieurs heures de voiture, nous arrivons à Dinard chez Nadine*. Nous n’aspirons qu’à une chose : prendre une bonne douche avant d’aller se promener tranquillement. Mais c’est sans compter sur l’incroyable énergie de notre hôte du jour qui nous propose d’emblée une « petite » balade. « Prenez des bonnes baskets, ça grimpe légèrement » nous annonce t-elle avec un grand sourire. Et nous voilà partis pour une randonnée de 2h30, avec des dénivelés dignes de grands sportifs ! Nadine a besoin de se raconter et nous parle de son parcours atypique. Mariée à un Anglais, elle l’a suivi à Londres puis en Australie où ce dernier travaillait dans la finance. Un profil radicalement opposé au sien : baroudeuse, photographe et photojournaliste. « On s’aimait mais je savais au fond de moi que nous ne vieillirions pas ensemble ». Un jour, après 20 ans passés en Australie, elle en a eu assez de jouer un rôle en participant aux soirées mondaines de son désormais ex-mari. Ce n’était définitivement plus sa place. Elle a décidé de revenir à ses racines,  sa « hometown » comme elle appelle sa ville. Elle a laissé à Sidney ses deux enfants de 19 et 20 ans qui sont « de vrais petits australiens », ses fiertés. L’un est baroudeur et milite pour les conditions des aborigènes quand l’autre est étudiant en commerce.

Ce qui est sûr, c’est que Nadine ne partage pas son appartement pour l’argent. Elle ne travaille plus (ou seulement par plaisir) et  nous a même invités au restaurant ! Elle occupe ses journées avec le surf, le yoga, la garde de ses neveux et nièces, et des soirées entre amis. Elle est connue de tous : de nombreuses personnes s’arrêtent pour saluer l’enfant du pays qui a été expatriée pendant très (trop?) longtemps. La Bretagne représente pour elle le calme, la nature, le vrai. Elle veut continuer sa route ici. Quand on lui demande si elle ne se sent pas trop seule sans ses enfants, elle élude la question et répond avec un sourire triste « pas de problème pour moi, tant que j’ai mon appareil photo pour capter les merveilles de cette région et d’ailleurs ».

 

Christine, la prof  qui se bat pour les enfants de sa ville

A St Brieuc, c’est  Christine* qui nous laisse son logement pour deux jours. Après avoir fait le tour de la propriété, elle nous fait piocher à chacun trois cartes de pensées positives. « C’est un rituel pour tous mes invités ». Je tire les mots patience, exploration et espérance. A méditer… Étant donné le prix très modique de la nuit, on se doute bien qu’elle non plus ne participe pas à l’aventure Air BnB pour des raisons financières. L’important pour elle est que sa sa maison vive. « J’ai élevé mon fils seule et cet affreux jojo est parti à 17 ans faire ses études à Grenoble. C’est bien pour lui, mais la maison était bien vide ». Christine est professeure dans un établissement privé. « Mais attention, le privé en Bretagne, ce n’est pas comme dans les autres régions. C’est beaucoup moins cher pour les parents et il n’y a pas le côté élitiste ». Soit.

Je lui fais part de ma perception très sommaire et très subjective de St Brieuc que j’ai parcouru quelques heures. J’ai surtout été frappée par la pauvreté et un centre ville gris, tant au niveau du climat que de l’architecture. J’ai un peu peur de la vexer avec mes remarques…

Crèpes« C’est vrai, d’ailleurs je ne comprends pas pourquoi les gens viennent visiter St Brieuc » me dit-elle dans un éclat de rire. Pourtant, selon elle, il y aurait tellement de choses à faire, notamment au niveau architectural. Elle a d’ailleurs hébergé deux architectes qui étaient venus participer à un concours pour redynamiser la ville. « Le problème ici, c’est qu’il n’y a pas de travail et rien n’est fait pour donner envie aux jeunes de rester ». C’est pourtant ce qu’elle tente de faire chaque jour en tant que prof. « Il y a de enfants de tous horizons, c’est très enrichissant, mais certains sont vraiment perdus avec des parents démunis ». Elle est toujours la première de son établissement à proposer des projets innovants, culturels, pour les ouvrir au monde et ne pas les laisser tomber. « Les rares fois où l’on a dû renvoyer un élève pour discipline, cela m’a brisé le cœur, je me dit que je n’ai pas réussi ».

 

Le véritable Bed and Breakfast à l’anglaise

Amy et John* sont Anglais et ils ne sont pas très motivés à l’idée de rentrer dans leur pays d’origine. Cela fait 4 ans et demi qu’ils ont racheté une vieille bâtisse en pleine campagne, non loin de Saint Nic, en Bretagne donc. Après 3 ans de rénovation et d’adaptation à la culture bretonne, ils ont enfin pu ouvrir leur Bed and Breakfast qu’ils ont joliment nommé la maison du bonheur. Habiter en France, c’était le rêve de John : c’est pour le peuple breton qu’il a eu un coup de cœur « They are nice. But they drink a lot. «  (ils sont vraiment sympas, mais ils boivent beaucoup). Amy l’a suivi, pas très enthousiaste au départ. Mais très vite, cette artiste peintre a apprécié cet univers paisible. Ce qui leur demande le plus d’efforts, c’est la langue française qu’ils ne maitrisent – osons dire les choses – pas du tout ! Surtout Amy qui nous explique qu’étant dyslexique, c’est encore plus compliqué. Avec nous, c’est une grande bavarde. Mais elle nous confie que ce n’est pas toujours les cas. « Il y a des gens qui ne m’intéressent pas et avec qui je n’ai pas envie d’échanger. Dans ce cas là, je prétexte que j’ai du travail » nous indique t-elle avec un clin d’œil. « But it’s so lovely talking to you both » (mais c’est tellement sympa de parler avec vous deux). Ouf, nous voilà rassurés !

Quand on lui demande s’ils pensent rentrer un jour, elle répond que « oui », comme si c’était un devoir. « Mes filles me parlent toujours au téléphone en me disant ‘quand tu rentreras’.

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Mais je n’ai pas envie d’être réduite au rôle de baby sitter de leurs futurs enfants ». John et Amy ont trouvé leur coin de paradis en Bretagne, région au climat très agréable selon eux, comparé à la GRANDE Bretagne.

 
 

Mireille, quand l’Art et le luxe se mêlent à une gentillesse infinie

On termine avec Mireille*, notre dernière hôte, dans la très jolie ville de Nantes, aux portes de la Bretagne. En entrant dans son appartement en plein centre, au cœur d’une place piétonne, on a le souffle coupé ! En mode voyageurs après des heures de voiture et une sortie à la plage, nous nous sentons en total décalage avec la beauté de ce loft. Ce décalage disparait immédiatement dès que l’on commence à échanger avec la propriétaire des lieux. Mireille est Thailandaise. Après avoir vécu aux Etats-Unis, elle a élu domicile à Nantes il y a 15 ans avec son mari français. Enfin son ex-mari. Enfin, c’est compliqué. Elle nous expliquera plus tard qu’ils sont divorcés mais qu’ils sont à nouveau ensemble. Mais chacun chez soi, à 5 minutes à pied l’un de chez l’autre. « Ça nous convient parfaitement comme ça, la passion est revenue ! ». C’est sa fille qui l’a fortement incitée à faire Air BnB, « comme ça tu t’occuperas moins de moi ! ». Et effectivement, cela semble fonctionner même si elles sont tous les jours au téléphone pour parler d’œuvres d’art. L’une travaillant dans le milieu artistique et l’autre étudiante en histoire de l’art.

« Je me sens 100% bretonne. Vous savez pour certains Bretons, Nantes leur appartient. Leur but, c’est rallier Nantes à la Bretagne pour ensuite devenir indépendants. Je ne sais pas trop ce que j’en pense ». Au petit déjeuner, elle nous demande si nous avons rencontré, lors de notre parcours, des femmes à moustache. Euh … Bah … Non… On ne pense pas ! Elle se lance alors dans le récit de son anecdote favorite. Son mari est philatéliste et se rend régulièrement dans les petits villages reculés au fin fond des terres bretonnes. Mireille et son fils de 12 ans l’ont accompagné une fois. « Je ne me suis jamais sentie aussi épiée de toute ma vie. La dame à moustache me dévisageait comme si j’étais sortie tout droit d’une autre planète.  Elle n’avait pas un regard méchant mais j’étais une étrangère pour elle ». Ne voulant pas la mettre mal l’aise, elle laisse son mari authentifier les timbres et va faire une petite balade. Après son petit tour, elle décide de boire un verre au café du village où rires et discussions animées vont bon train. Mais dès qu’elle pénètre dans le café, silence complet et regards assassins. Mireille n’en veut à personne. « C’est normal, ils sont nés ici et vieillissent ici. Ils ont peur de la différence. Mais ils ont de nombreuses qualités : ils sont francs, vrais, vivent en communion avec la nature ».

Cette mésaventure ne l’a pas découragée. A la retraite, elle veut vivre en Bretagne, dans une ville au bord de l’eau. J’ai du mal à imaginer cette passionnée des musées, des galeries et de la musique classique dans un petite village loin de tout ce qu’elle aime. Mais c’est ça la magie des parcours de vie.

Et la magie des rencontres !

*Les prénoms ont été modifiés

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